L’inflation pour les nuls

Vous noterez l’expression faciale qu’ont les gens quand le mot « inflation » se manifeste. C’est un point d’interrogation et un point d’exclamation un à côté de l’autre qui se regardent, en se demandant lequel des deux a raison. Tout le monde sait évidemment que les prix montent… mais en même temps, on n’y comprend franchement rien.

Je m’efforcerai donc à résumer ci-dessous, au meilleure de ma connaissance, ce que je connais de l’inflation. Bien entendu, j’accepterai humblement tout commentaire au sujet du contenu de cet article.

Qu’est-ce que l’inflation?

L’inflation, c’est la hausse générale des prix. On dit aussi que l’inflation, c’est une baisse constante de la valeur de la monnaie. Ça semble logique, car si il faut de plus en plus d’argent pour acheter les mêmes produits, c’est que la monnaie vaut moins. Par contre, est-ce réellement lié à une dévaluation de la monnaie? Si tous les produits sont plus rares (moins d’offre que de demande) ou si ils sont tous plus en demandes (plus de demande que d’offre), les prix monteraient aussi, non? Nous nous attarderons à cette question plus loin.

Comment calcule-t-on la hausse « générale » des prix?

En regardant simplement l’évolution du prix d’un panier de biens représentatif des habitudes de consommation des consommateurs. Ce prix permet d’établir l’indice des prix à la consommation (IPC). Le taux d’inflation est simplement le taux de variation de cet indice entre deux périodes (ex. : entre 2 années).

Supposons que le prix d’un seul produit soit responsable de l’augmentation du prix du panier? Peut-on véritablement parler d’inflation? À mon avis, on ne pourrait plus parler de hausse générale des prix, mais je ne pourrais pas définitivement répondre à cette question…

Quelles sont les causes de l’inflation?

Considérons n’importe quel produit : qu’est-ce qui en détermine normalement le prix? C’est l’offre et la demande. En conséquence, qu’est-ce qui peut faire en sorte que tous les prix augmentent? Dans ce cas, on pourrait imaginer que l’offre globale diminue ou que la demande globale augmente, ce qui ferait grimper les prix. Pourtant, ça semblerait étrange, car en principe, l’offre s’ajustera toujours à la demande tant qu’il y aura un profit à faire, à moins qu’il y ait une barrière qui empêche l’offre de s’ajuster.

Considérons plutôt la monnaie comme un produit. Plus il y en a, moins elle a de la valeur et vice-versa. Donc, si il y a plus de monnaie, elle vaut moins et il en faut plus pour acheter le même produit. Ainsi, l’augmentation de la masse monétaire semble être une explication simple de l’inflation. Comme on le voit dans des pays en hyperinflation, celle-ci est directement liée à l’impression abusive de monnaie.

Par contre, l’augmentation de la masse monétaire n’est pas seulement liée à l’impression de billets, elle est surtout un effet des banques qui, en amassant l’épargne de leurs clients et en consentant des prêts à d’autres de leurs clients, créent de la monnaie.

Comment contrôle-t-on l’inflation?

La banque centrale a le pouvoir de stimuler ou de freiner l’emprunt des banques elles-mêmes en intervenant, via le taux directeur, sur les taux d’intérêts en vigueur sur le marché. En fonction de ce que nous avons vu plus haut sur la participation des banques dans le processus de création monétaire, nous savons que plus elles empruntent, plus elles favorisent la création monétaire, donc l’inflation. À l’inverse, si les taux d’intérêts augmentent, les banques sont plus réticentes à emprunter et elles accordent aussi moins de prêts, ce qui freine la création monétaire.

Le ciblage de l’inflation, qu’est-ce que c’est?

Dans plusieurs pays, la banque centrale a établi un taux cible d’inflation qui se situe généralement entre 1% et 3%.

D’importantes fluctuations de la valeur de la monnaie peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les épargnants et les emprunteurs. Dans les pays qui souffrent d’hyperinflation, la monnaie se dévalue a un rythme tel que quand on reçoit sa paie, il vaut mieux la changer immédiatement en or ou en dollars américains pour ne pas en perdre la valeur!

Dans le cas inverse, soit en période de déflation, on peut citer le fameux cas des fermiers américains qui, à la fin du XIXe siècle entre 1880 et 1896, ont vu les prix baisser de 23%. Par conséquent, alors que les salaires étaient descendus au même rythme, les dettes qu’ils avaient accumulées étaient devenues de plus en plus difficiles à remboursées…

Imaginons un salarié qui gagne 40,000$ annuellement et qu’il obtienne un prêt hypothécaire de 120,000$ cette année. Si les prix baissaient de 25% dans les années à venir, il ne gagnerait plus que 30,000$ par année, mais sa dette serait toujours aussi grande.

Pourquoi ne pas cibler un taux d’inflation nul?

Parce que je crois qu’on veut à tout prix éviter une déflation. La déflation signifie que l’argent prend de la valeur avec le temps, ce qui incite les agents économiques à différer leurs dépenses. Au contraire, on cherche à stimuler les dépenses, donc une légère inflation favorise la croissance économique. D’ailleurs, il est important de comprendre que l’inflation soulage les emprunteurs, car en principe, entre le moment où on emprunte de l’argent et celui où on le rembourse, l’inflation a fait en sorte que notre salaire a augmenté entre-temps et qu’il est plus facile de rembourser son prêt.

Pourquoi se préoccuper de l’inflation en tant qu’épargnant?

Parce qu’on a tendance à oublier l’inflation quand on gère ses finances et que je n’ai jamais entendu un conseiller financier parler d’inflation. D’ailleurs, ils n’en parlent pas plus que des frais de gestion.

Quand on fait un placement garanti qui rapporte 2% d’intérêt annuellement et que l’inflation en gruge 2% pendant ce temps, on ne peut pas vraiment parler de placement. C’est tout juste si notre épargne n’a pas perdu de sa valeur pendant ce temps. Donc, quand on investi dans un fonds communs ou dans tout autre type d’instrument financier, il ne faut pas oublier que le taux d’inflation diminue le rendement au même titre que les frais de gestion, les frais de transaction, etc.

Réf. :

  1. Mankiew, N. Gregory (1998). Principes de l’économie. Paris : Economica, 972 p.
  2. L’ABC du ciblage de l’inflation
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